En 2022, pendant la campagne présidentielle, les violences faites aux enfants étaient presque absentes du débat public, alors même que la France prenait conscience de l’ampleur de l’inceste et de la pédocriminalité. À l’approche de 2027, nous refusons que l’enfance soit encore oubliée.
Nous refusons les promesses en l’air, qu’un enfant appelle à l’aide sans être protégé, dorme dans la rue, subisse des violences dans sa famille, à l’école ou dans une institution, soit tué par ceux qui auraient dû assurer sa sécurité, parle sans être cru ou souffre sans être soigné.
Parce qu’aucune enfance ne devrait ressembler à cela.
Les jeunes personnes1 ne peuvent pas grandir sereinement dans des écoles devenues des lieux de danger avec des classes à plus de 30°C lors des vagues de chaleur où des enfants ont été victimes de maux de tête et nausées. Pour protéger les élèves, plusieurs centaines de responsables d’établissements scolaires ont même pris la décision en pleine canicule de fermer les portes de leurs écoles et collèges fin juin. Au même moment, le gouvernement promettait près de 60 millions d’euros pour protéger les écoles de la chaleur puis en catimini a décidé de diviser l’enveloppe par 3. Les élèves, eux, continueront de suffoquer en classe.
Les enfants nés aujourd’hui n’auront que 24 ans en 2050. Survivre dans un monde sans adaptation, atténuation et prise en compte des situations exceptionnelles est une violence faite à toutes les générations futures. Pour les enfants et le vivant nous défendons un autre avenir.
Une même domination
Ces violences relèvent d'un même système : l'adultisme. L’adultisme est un système de domination par lequel les adultes exercent un pouvoir sur les plus jeunes. On décide à leur place. On ignore leur parole. On leur demande de se taire. On les prive de pouvoir sur leurs vies. On les humilie. On les maltraite. On les abandonne. On les tue. On les sacrifie quand ça arrange.
Les enfants exposés à d’autres oppressions systémiques subissent encore plus les effets de cette domination adulte. Les jeunes non-blancs, les jeunes filles, les jeunes LGBTQIA+, les jeunes en situation de précarité, les jeunes personnes handicapées sont surexposées aux violences adultistes.
Le dérèglement climatique, le capitalisme écocidaire, les pollutions, notamment par les pesticides, la crise de la biodiversité, la montée du fascisme et les génocides affectent d'abord les enfants et les ados. Les décisions qui les provoquent sont prises par quelques-un·es, souvent pour servir des intérêts privés et court-termistes, et pas ceux des plus jeunes.
- Les violences faites aux enfants. 81% des adultes disent user des violences dites éducatives et ordinaires contre leurs enfants. Une jeune personne est agressée ou violée toutes les 3 minutes. 3% des plaintes aboutissent à une condamnation, 1% en cas d’inceste. 1 infanticide a lieu tous les 5 jours. L’ASE échoue en scandales : détournement de financements, fausses familles d’accueil, esclavage, réseaux de prostitution, suicides, isolement et abandon de l’Etat après 18 ans. Les affaires sordides se succèdent sans aucun changement de politique ni de budget. Les violences policières ont tué 45 mineurs depuis 2005. Dans une société adultiste, les violences faites aux jeunes personnes ne sont pas l’exception mais la norme.
- Les besoins fondamentaux. Logement, sécurité, soins, instruction, écoute. Des millions d’enfants grandissent dans la pauvreté. Les enfants handicapés n’ont pas un accès équitable à l’éducation ni aux loisirs. Les soins en psycho-traumatologie sont conditionnés par l’accord parental. Les droits des mineurs non accompagnés sont niés. L’adultisme d’Etat fait de ces jeunes personnes des sous-citoyens privés de droits et de dignité.
- Le climat. Pour l'UNICEF, « la crise climatique est une crise des droits de l'enfant ». Son rapport de 2026 compte 1,1 milliard d'enfants, près de la moitié des enfants du monde, exposé·es à au moins trois menaces climatiques à la fois. En France, 12,6 millions d'enfants sont deux fois plus exposé·es aux vagues de chaleur qu'il y a soixante ans. Les 33 pays où les enfants courent le plus de risques n’émettent que 9 % du CO₂ mondial. Les injustices climatiques entre générations sont aussi le résultat de la domination coloniale et capitaliste qui affecte plus durement les enfances du sud global.
- Les pesticides. L'INSERM a établi, avec une présomption forte, un lien entre l'exposition des mères aux pesticides pendant la grossesse et des leucémies aiguës et tumeurs du cerveau chez l'enfant et pourtant actuellement le projet européen “Omnibus Pesticides” est à l’étude. Aux Antilles, le chlordécone nuit au développement des nourrissons, la Cour administrative d'appel de Paris a d’ailleurs en 2025 reconnu la faute de l'État qui s'est ensuite pourvu en cassation. Exposer les enfants aux pesticides c’est aussi un infanticide.
Des corps contaminés avant la naissance
On ne protège pas les enfants avec des normes qui ne sont pensées que pour les adultes. Leur corps se construit. C’est pendant la grossesse et la petite enfance qu’il est le plus vulnérable aux perturbateurs endocriniens, ces substances qui dérèglent le système hormonal. On les retrouve dans des pesticides, des plastifiants, dans les PFAS, ces « polluants éternels » qui contaminent l’eau, les sols et nos organismes, et dans de nombreux produits du quotidien. Des enfants naissent exposé·es, sans l’avoir choisi et les réglementations sous-estiment les effets des faibles doses et des mélanges. Pire, avec le projet européen Omnibus X, poussé par l’extrême droite et la droite, les pesticides pourraient rester autorisés jusqu’à 25 ans sans réévaluation. Le gouvernement français y défend la suppression de l’accès aux registres d’utilisation des pesticides. Pendant que les lobbies industriels défendent leurs profits, les jeunes paient. Protéger l’enfance, c’est juguler cette exposition, à commencer par le rejet de l’Omnibus X et l’interdiction des substances chimiques dangereuses pour ces populations vulnérables.
La jeunesse en résistance
Les jeunes personnes sont privées du droit de vote. Cependant elles ont le droit de s'exprimer et elles s'en servent. L'appel de la jeunesse du mouvement du 26 septembre revendique le droit des générations futures et le droit de vivre maintenant.
En cette rentrée, des lycéen·nes déterminé·es ont décidé de bloquer leurs établissements. Lancé fin août à Mayotte et en Guyane, le mouvement a gagné l’Hexagone et a touché près d’un millier de lycées, et des dizaines d'universités. Les élèves réclament des professeur·es remplaçant·es, des classes moins chargées que les 34 ou 35 élèves d'aujourd'hui, des infirmières, des AESH, des bâtiments rénovés et la fin de Parcoursup. Le gouvernement a choisi la répression : des milliers d’interpellations et de nombreuses jeunes personnes gravement blessées dont plusieurs éborgné⋅es et mutilé⋅es. À des jeunes qui revendiquent leurs droits, il répond par les violences d'État.
Leurs revendications sont les nôtres : des écoles adaptées à la chaleur, un avenir vivable, le droit d'être écouté·es. Nous appelons à une alliance avec la jeunesse et les militant⋅es enfantistes : marcher à ses côtés, la soutenir face à la répression, lui laisser la parole dans nos cortèges et nos assemblées, leur laisser la place qui leur revient dans nos collectifs et nos associations, défendre les droits de tous les enfants et leur empouvoirement. Le gouvernement doit recevoir les organisations lycéennes et étudiantes et cesser immédiatement la répression.
Nous souhaitons une société à hauteur d'enfant, qui leur donne du pouvoir et favorise leur autodétermination et la fin de toutes les formes de violences qui sont faites aux enfants. Une société qui remplace la domination par la coopération. Leurs droits, leur dignité et leur intégrité doivent être respectés sans condition.
Aux candidates et candidats à l'élection présidentielle de 2027, nous demandons des engagements clairs, publics et contraignants.
Pour l'enfance et la jeunesse :
- l'application des 82 préconisations de la CIIVISE, la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants ;
- un ministère de l'Enfance et de la Jeunesse, doté d'un budget propre ;
- une politique de prévention et de lutte contre toutes les violences faites aux enfants qu’elles soient physiques, psychologiques, sexuelles, intrafamiliales ou numériques, la protection des victimes et la lutte contre l’exploitation sexuelle des mineurs ;
- des formations obligatoires pour la détection et la prise en charge des violences dans tous les secteurs en contact avec les enfants, le développement de l’éducation au numérique et l’application effective des cours d’EVARS ;
- des dispositifs de signalement, le suivi des plaintes, l’amélioration de la protection judiciaire des enfants et l’application pleine et entière de la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE).
- une réforme de l’Aide sociale à l’enfance (ASE), un accompagnement digne des enfants les plus vulnérables et la lutte contre toutes les discriminations, sans distinction d’origine réelle ou présumée, de handicap, de genre, d’identité de genre ou orientation sexuelle, ou de situation sociale ;
- des financement pérennes de la protection de l’enfance, des services publics (justice, santé, école, social) et le recrutement des personnels nécessaires ;
- un plan d'urgence pour l'école : des professeur·es, des AESH, des infirmières et des surveillant·es recruté·es, des classes moins chargées, des bâtiments rénovés contre la chaleur ;
- la fin de l'exposition des enfants aux pesticides, à commencer par les abords des écoles et des crèches ;
- la participation réelle des jeunes personnes aux décisions qui les concernent, celles sur le climat comprises.
Pour le climat, le vivant, la paix et la justice sociale, le plan de reconstruction en quatre volets de l'appel du 26 septembre :
- un plan d'urgence : des lieux frais dans chaque bassin de vie, des écoles, des crèches, des hôpitaux et des EHPAD où l'on ne meure pas de chaud, la protection des travailleuses et des travailleurs de la chaleur, un toit pour chacune et chacun ;
- un plan d'adaptation : le Fonds vert rétabli, la rénovation des passoires thermiques et du parc social, des forêts, des sols, des haies, des rivières et des nappes protégés comme des communs ;
- un plan d'atténuation : la fin des subventions aux énergies fossiles, l'interdiction pour les entreprises françaises d'ouvrir de nouveaux projets fossiles, des transports publics accessibles partout ;
- un financement par celles et ceux qui ont fabriqué la catastrophe : les superprofits de l’industrie fossile et de l'armement, et un impôt sur les patrimoines des plus riches, qui rapporterait 15 à 25 milliards d'euros par an.
Les enfants et les ados resteront privés de vote en 2027. Nous voterons et nous jugerons les candidates et candidats sur leurs engagements et sur leur capacité à défendre la rupture écologique et enfantiste qui s’impose.
Tous et toutes dans la rue
Le samedi 14 novembre, samedi qui précède la Journée internationale des droits de l’enfant, manifestons ensemble partout en France et en Europe contre les violences faites aux enfants et aux ados et pour défendre leurs droits.
Le même jour, le Climate Action Network Europe, qui rassemble 200 organisations dans 40 pays, appelle à une journée d'action pour le climat et la justice sociale dans toute l'Europe.
Le 14 novembre, marchons aussi pour le climat, le vivant, la paix et la justice sociale.