Nous avons droit à un avenir.
Nous ne sommes ni écoanxieux ni écoanxieuses. Nous sommes écolucides.
Nous lisons les rapports des scientifiques. Nous regardons dehors. Nous observons l'inaction de nos gouvernements. Et nous tirons les conclusions qui s'imposent.
Cette lucidité nous met en colère. Pas parce que demain sera dur. Parce qu'aujourd'hui l'est déjà. La catastrophe n'est pas à venir : elle a déjà commencé. Les canicules, les sécheresses, les incendies, les récoltes perdues, les personnes contraintes de quitter leur foyer. C'est maintenant. C'est partout.
Plus de 7 300 personnes sont mortes cet été. 100 000 hectares de forêts ont été ravagés par les incendies. 100 000 hectares, c'est dix fois Paris. Une fois de plus, nous faisons face aux conséquences de notre surconsommation et à la destruction de nos propres terres et du vivant, qui rend pourtant possible notre vie sur Terre.
Ces étés qui s'enchaînent ne sont pas « apocalyptiques ». Ils sont tous logiques, prévisibles, prévus d'ailleurs : l'état d'urgence climatique est documenté depuis près de 50 ans. Nous le savons : cet été sera sans doute l'un des plus frais de toute notre existence.
Nous : collégiens, lycéens, étudiants, jeunes précaires, vivons déjà tout cela dans notre chair. Ce n'est pas le premier été que nous passons sur un asphalte bouillant, sous des chaleurs écrasantes, dans des logements brûlants.
Ces trente dernières années, il ne s'est absolument rien passé qui soit à la hauteur. Des sommets, des déclarations fallacieuses, des promesses jamais tenues, des objectifs sans cesse repoussés. Pendant ce temps, la pollution se répand, le désastre s'aggrave.
Le dérèglement n'est pas une affaire de générations. Nos grands-parents n'en sont pas les responsables. La crise dans laquelle nous nous trouvons est la conséquence des choix de quelques-uns pour s'enrichir et des gouvernements qui les ont laissés faire. Nous ne cherchons pas de coupables par classe d'âge. C'est une direction toute entière que nous allons faire bifurquer.
Nous sommes inquiètes et inquiets.
Pour nos grands-parents, fragilisés par ces chaleurs extrêmes.
Pour nos parents qui travaillent dehors, sur les chantiers, dans les champs, dans les cuisines, dans les entrepôts, à l'hôpital, dans les écoles, dans les services publics, à qui on demande de tenir dans des conditions qui deviennent invivables.
Pour toutes celles et ceux qui ont été déplacés, évacués, contraints à l'exil par les sécheresses, les incendies et la montée des eaux. Ailleurs comme ici désormais.
Pour nos petites sœurs et nos petits frères, pour les enfants que nous aurons peut-être. Pour la décence de leurs conditions de vie, l'habitabilité d'une planète qui est aussi la leur.
Et oui, pour nous-mêmes et pour nos amis. Parce qu'on ne nous propose aucun avenir digne de ce nom. On nous demande d'organiser notre vie comme si de rien n'était : études pour alimenter la machine, emplois pour l'entretenir, consommation effrénée pour la maintenir à flot. Nous refusons.
Nous avons droit à un avenir. Nous avons aussi le droit de vivre maintenant. Nous ne voulons pas mettre notre jeunesse en attente d'un monde qu'on nous promet et qui ne vient pas. Vivre au présent, aimer, apprendre, respirer, faire des projets. Ne pas penser notre vie autour de ce qu'engendrera le dérèglement climatique.
Nous voulons nous inscrire dans la continuité de nos aînés. En mars 1944, dans un pays occupé, ruiné, aux heures les plus sombres de son histoire, la Résistance a adopté un programme de reconstruction, « Les Jours heureux ». Sécurité sociale, services publics, retraites, école pour toutes et tous. Ces personnes-là n'ont pas attendu que la situation soit favorable. Ils ont retroussé leurs manches au milieu des ruines, et ils l'ont fait pour tout le monde. Nous comptons suivre leur exemple. Pour notre dignité, nous défendrons l'habitabilité de notre planète.
On dit de notre génération qu'elle ne veut pas travailler. C'est faux. Nous voulons travailler, et nous savons à quoi. Nous voulons rebâtir. Non par sacrifice, mais parce que rien d'autre n'aurait de sens aujourd'hui. L'urgence climatique nous oblige : c'est notre futur très proche qui est en jeu.